Entre adaptation permanente, combats épiques et gestion de la fatigue, Clément Bouchet nous livre un récit authentique et sans filtre de la deuxième manche de la saison 2026 en Première Division de pêche à la mouche. Des rivières sauvages de Haute-Savoie aux classements finaux, plongée au cœur d'une compétition exigeante.
Cette manche, c'était vraiment trois visages différents en une journée et demie. Du Brevon technique et encombré aux gorges de la Dranse d'Abondance, puis aux grandes vasques profondes de la Dranse de Morzine. Chaque secteur demandait une lecture et un matériel complètement différents.
Grâce à sa participation à la Promotion Nationale deux ans plus tôt sur les mêmes eaux (où il avait même remporté une compétition), Clément arrivait avec une bonne connaissance du terrain. « Connaître le profil d'une rivière change tout : encombrement, vitesse du courant, profondeur des veines, habitudes des poissons… Ça conditionne presque entièrement la stratégie. »
Il a donc préparé ses armes avec précision :
- Pour le Brevon (petite rivière encombrée) : LH 10' #3 et surtout la LH 10'6 #2.
- Pour les Dranses (plus larges et puissantes) : LH 11' #2 et la polyvalente LH 10'6 #2.
Montage de mouches ciblé, bas de ligne adaptés et une confiance mesurée malgré l'absence de pré-fishing récent. « Mon temps personnel et la distance ne me permettaient pas d'entraînement, mais je me sentais prêt. »

Tirage sur la partie haute du Brevon, une petite rivière en faible débit. Conditions exigeant une approche fine. Clément sort immédiatement sa 10'6 #2 et monte une nymphe unique légère (pointe 9/100e, billes de 2 à 2,5 mm) pour aborder les radiers et les petits postes précis.
Il décide rapidement de faire l'impasse sur les petits radiers plats (principalement peuplés de poissons non maillés) pour se concentrer exclusivement sur les zones un peu plus profondes et les caches sous les berges. Le choix s'avère payant : dès les vingt premières minutes, trois beaux poissons maillés tombent. Au total, 15 poissons maillés sur la manche, synonyme de 3ᵉ place de poule. Une entrée en matière remarquée, d'autant que le compétiteur suivant sur le même sous-secteur n'inscrira aucun maillé sur la zone clé.
Changement radical de décor. Gros débit, gorges étroites, énormes vasques et blocs massifs. « Ce n'était plus du tout la même pêche. » Clément passe en 11 pieds pour lancer plus loin et plus lourd. Bas de ligne costaud (10/100e minimum), nymphes lourdes (bille de 3,5 en pointe).
Le début est prometteur : quelques poissons à l'entrée des gorges. Puis, dans une belle vasque, un combat mémorable livré par une truite de 37 cm. Dix minutes plus tard, rebelote sur une autre vasque : une secousse sèche, un gros poisson pendu. « Une truite bien marbrée, beaucoup plus grosse que la précédente. Je pense qu'on était sur du +40 cm. » Malheureusement, après un combat acharné dans les troncs et les blocs, le poisson gagne et casse la pointe sous un gros bloc.

La deuxième partie du secteur, plus urbaine et en faible débit, réserve même un baigneur et son chien dans l'eau. Pêche fine en nymphe légère et petite sèche pour remplir le quota de poisson non maillé et seulement deux poissons maillés. Clément termine en milieu de tableau sur cette manche. « Heureusement que j'avais bien cartonné en début d'après midi dans les gorges. »
À 19 h, après 8 heures de pêche non-stop à concentration maximale, la fatigue est immense : « Plein les pattes, mal au dos, la tête grosse comme une pastèque...»
Dernière manche décisive. Clément hérite d'un secteur où un collègue avait scoré assez bas la veille. Appréhension légitime. Premier sous-secteur compliqué : veines assez puissantes et peu productives, mais en insistant sous les petits blocs, une jolie 35 cm ouvre le bal en dix minutes. Au total, seulement 8 poissons maillés sur cette moitié de manche.
Sur le deuxième sous-secteur, changement de décor : énormes vasques de 20 mètres de long et 3-4 mètres de profondeur. Clément exploite parfaitement ces veines avec de longues dérives, une grande pointe et des nymphes qui « sautent » sur le fond. « Avec un tel volume d'eau, il y avait forcément du poisson qui n'avait pas vu de nymphe de tout le week-end. » Il déclenche pas mal de touches et se sent enfin en rythme.
Malgré un sentiment général de difficulté, il termine en milieu de poule sur cette manche. « Avec les secteurs que j'ai tirés au sort, j'étais très fier de ce final. »

13ᵉ place sur 30 au classement de la manche. Au classement annuel (moyenne des deux manches D1), Clément Bouchet termine à une très belle 12ᵉ place. Un résultat qui assure le maintien en Première Division et permet à l'histoire de continuer l'année prochaine.
Douze heures de pêche non-stop avec une grosse pression physique et mentale. Le côté psychologique est très important, tout comme une bonne condition physique. On est content quand ça s'arrête… mais la passion reste intacte et j'attends l'année prochaine avec impatience.
Un grand bravo à Clément pour ce beau parcours et ce témoignage riche en enseignements. Dans une poule relevée (avec notamment Sébastien Delcor, champion en titre, Grégoire Juglaré, Sébastien Vidal ou encore Jérôme Poirier, tous membres des équipes de France), cette 12ᵉ place annuelle a une saveur particulière.




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