L'archipel de Bréhat est un terrain particulièrement exigeant pour la pêche du bar : forts courants, marnage important, dérives rapides et poissons capables de profiter du moindre relief. Pour ce Trophée organisé par Fish à l'affiche, deux de nos Pro-Staffs, Martin Vigot et Julien Le Dez, ont abordé la compétition avec des stratégies différentes.
L'un découvrait complètement la zone avec son petit frère, l'autre retrouvait un terrain déjà pratiqué en kayak et disputait sa première compétition en bateau avec son binôme. Deux expériences, deux lectures de la zone, et deux très belles performances.
Pour Martin, le Trophée de Bréhat était une première. Inscrit avec son petit frère Maël, 16 ans, avec qui il avait déjà disputé l'Open des Glénan 2022, il découvre l'archipel le week-end de la compétition et n'a jamais pêché la zone auparavant.
Heureusement, quelques échanges avec des amis leur permettent de dégager rapidement les grandes tendances du secteur : une pêche majoritairement au leurre souple, des veines de courant bien marquées et des couloirs logiques de passage des bars. « Comme souvent en compétition, le réseau est important ! »
La stratégie est alors rapidement définie : se concentrer sur un secteur réduit, multiplier les dérives et revenir sur les mêmes zones aux différents moments de la marée. Pour Martin, inutile de vouloir couvrir tout l'archipel lorsque l'on découvre une zone aussi dépendante des mouvements d'eau.

Le duo cible principalement des couloirs sableux où le courant s'engouffre entre les îlots rocheux, sur des profondeurs comprises entre 0 et 10 mètres. Avec un coefficient de 100 et plus de 10 mètres de marnage, les dérives peuvent atteindre 2,5 à 3 nœuds : la précision du positionnement et du lancer devient alors déterminante.
Ils enchaînent les veines de courant, en revenant sur certaines d'entre elles à différents moments de la marée. Le samedi, leur quota à 46 cm leur permet de se hisser dans le Top 5. Le dimanche, ils reconduisent la même approche, enrichie par les informations glanées la veille : leur quota à 45 cm leur permet finalement de décrocher une 4e place sur l'épreuve, une performance d'autant plus satisfaisante que la zone était totalement nouvelle pour eux.
Les poissons dans moins d'1,50 m d'eau
Un détail ressort particulièrement de leur week-end : les plus gros poissons ont tous été pris dans moins d'1,50 m d'eau, à la descendante. Une observation qui fait écho à ce que beaucoup de pêcheurs du bord constatent déjà : les plus gros bars semblent parfois être les derniers à quitter certaines zones lorsque le niveau d'eau baisse. À Bréhat, Martin constate que cette logique se vérifie également depuis un bateau.
Un fagot pensé pour ne jamais perdre de temps
Comme à chaque compétition, Martin et Maël embarquent un nombre important de combos afin de pouvoir passer rapidement d'une technique à l'autre. L'idée est simple : plutôt que de changer de leurre lorsque la situation évolue, on change directement de canne. Sur une dérive où la première partie se pêche au grattage avant de basculer sur un minnow, par exemple, aucune manipulation n'est nécessaire.

Le fagot comprend notamment des Statement 722, Statement 725 et Statement 766, les blanks PPS 72M et PPS 80H-2, les NFC MB 805HM et MB 807HM, un SJ 803HM et une Phenix K2 712L.
Mais c'est finalement le leurre souple qui fait la différence. Les bancs de petits lançons présents dans l'archipel orientent rapidement les choix vers des imitations filiformes : la famille Crazy de Fiiish, en 100 et 120, prend une place centrale.
- En taille 100, les Crazy Paddle Tail et Crazy Sand Eel sont utilisés aussi bien en grattage qu'en traction légère, tandis que le Sand Eel est également pêché à la volée.
- Les Statement 722 et Phenix K2 712L sont particulièrement mises à contribution, associées à des moulinets 2500, de la tresse Prodigy X8 en PE 0.8 et du fluorocarbone en 23/100.
- Pour le Crazy en 120, Martin utilise le NFC SJ 803HM en traction légère, notamment grâce à sa longueur qui permet de limiter la bannière prise dans le courant.
- En grattage, c'est le PPS 72M qui prend le relais, avec cette fois du fluorocarbone en 26/100.
« Sur les 60+ dans les courants de Bréhat, ça déménage ! »
Pour Julien, l'approche est différente. Le départ du vendredi matin donne déjà le ton : avant même d'arriver à Bréhat, il doit récupérer des amis en panne dans les Monts d'Arrée et remonter leur bateau jusqu'à Paimpol. Une fois sur place, place au prefishing.
L'objectif n'est pas de multiplier les poissons, mais d'accumuler des informations sur une zone encore peu connue en bateau. Julien a déjà pratiqué Bréhat en kayak, mais la pêche change radicalement une fois à bord : les courants déplacent très rapidement le bateau et obligent à adapter les trajectoires et les distances de lancer.
« Si le bateau ne passe pas exactement où l'on veut, il faut pouvoir lancer loin. »
La journée est donc consacrée à la prospection : trouver des poissons, identifier les zones actives, mais surtout enregistrer les points GPS pour pouvoir y revenir pendant la compétition. Pour Julien, cette démarche ne paie pas nécessairement dès le lendemain : « Si on la fait régulièrement, ça représente pas mal d'heures sur la zone et donc on engrange des informations qui finiront par faire la différence. »
Ce prefishing lui permet également de prendre ses marques avec son binôme, Jean-Yves Martin, avec qui il dispute sa première compétition. Les poissons semblent présents dans l'archipel et les leurres de type lançon fonctionnent déjà, mais les suivis en surface restent rares. Le choix pour le lendemain est donc rapidement arrêté : Crazy Paddle Tail.
Jour 1 : attendre que le courant se mette en place
Le départ est donné à 9h30. Alors que les bateaux les plus motorisés prennent rapidement de l'avance, Julien et Jean-Yves restent tranquilles : leur stratégie est déjà définie et ils savent exactement où ils veulent commencer, sur une zone située à l'extérieur de l'archipel, identifiée comme une zone de passage.

Les premiers lancers sont relativement lents, la marée est encore haute et les courants ne sont pas véritablement en place. Puis, vers 11h, un poisson de 47 cm vient confirmer leur lecture de la zone. Pendant près d'une heure, l'activité s'intensifie et leur quota se remplit progressivement.
À mesure que l'étale basse approche, les touches deviennent cependant plus fines. Julien réduit légèrement la taille des leurres et parvient encore à rentrer quelques poissons avec le CPT 100. La première journée se termine avec un quota de 44 cm : pas suffisant pour viser les premières places, mais suffisamment pour rester dans la course. Le duo termine la journée en 11e position.
Jour 2 : deux poissons qui changent tout
Pour la deuxième manche, Julien et Jean-Yves conservent leur stratégie tout en décidant de rentrer légèrement plus dans l'archipel en début de journée, tant que le niveau d'eau le permet. Le départ est donné à 10h30 et, cette fois, les poissons répondent immédiatement.
Toujours au Crazy Paddle Tail, ils adaptent simplement le coloris à la teinte de l'eau : Ghost Minnow lorsque l'eau est plus translucide, kaki lorsqu'elle se teinte davantage. Le choix s'avère payant, le quota est rempli avant midi.
Une roche attire leur attention, la dérive les amène naturellement dessus. Jean-Yves lance, et c'est immédiatement la touche. Le poisson part dans le courant et se dirige dangereusement vers la roche : il faut brider fort. Après quelques instants particulièrement tendus, le poisson entre dans l'épuisette : 57 cm.
La dérive continue. Julien vise l'amorti de la même roche, légèrement loin, mais sa canne permet d'atteindre la zone. Le CPT touche l'eau, descend tranquillement, et c'est la touche : 51 cm. Deux poissons de plus de 50 cm dans une compétition où les écarts sont faibles, le duo sait qu'il vient de réaliser une très belle opération.
L'activité finit par ralentir à l'approche de l'étale basse. Une nouvelle zone se révèle alors particulièrement intéressante : une légère veine de courant longe une côte rocheuse avec un petit tombant, une lisse trahit une activité en surface et les lançons sont nombreux. Julien passe sur un CPT 100 et les poissons rentrent : une dizaine de bars sont pris, dont plusieurs permettent d'améliorer le quota.
Au terme de la manche, le classement retenu est de 57, 51, 46, 46 et 44 cm, soit une moyenne de 48,8 cm.
Le résultat : une 3e place
À 18h, la manche est terminée. Le résultat reste incertain, mais le duo sait avoir réalisé une très belle journée. Puis les classements tombent : 3e place. Après une 5e puis une 4e place lors des éditions précédentes en kayak, Julien monte cette fois sur le podium en bateau.


« Ce sera dur de faire mieux l'année prochaine, mais on y croit. C'est ça qui nous anime ! »
Au-delà du résultat sportif, le Trophée de Bréhat aura également permis de mettre le matériel à rude épreuve. Courant puissant, roches omniprésentes, dérives rapides et marnage important : l'archipel ne pardonne pas les approximations.
Julien a principalement utilisé des cannes montées sur les blanks Statement 722 et Statement 724, deux cannes qui lui ont permis de répondre à trois problématiques majeures rencontrées pendant la compétition.
- La distance de lancer : lorsque le courant accélère la dérive, le bateau peut rapidement sortir de la zone productive. Pouvoir lancer loin permet de continuer à atteindre la strike zone sans forcément repositionner immédiatement le bateau.
- La sensibilité : le courant rend parfois les touches particulièrement difficiles à identifier. La résonance des blanks Statement permet de mieux percevoir ces contacts subtils et de réagir rapidement.
- La réserve de puissance : essentielle lorsque les poissons utilisent le courant et les roches à leur avantage. Même un poisson de taille moyenne peut devenir particulièrement difficile à contrôler dans ces conditions, et il faut parfois brider fort.
Deux façons d'aborder le Trophée de Bréhat, deux binômes, deux expériences différentes de l'archipel. Martin et Maël ont choisi de réduire leur zone de pêche et de faire confiance à une stratégie construite autour des marées et de la répétition des dérives. Julien et Jean-Yves ont, eux, construit leur compétition autour d'un travail de prospection commencé dès le vendredi, avant de s'appuyer sur une zone identifiée et sur quelques ajustements au fil des deux manches.
Dans les deux cas, le constat est le même : à Bréhat, comprendre le courant et savoir présenter son leurre au bon endroit au bon moment fait toute la différence. Et lorsqu'il faut lancer loin, détecter des touches dans plusieurs nœuds de courant et contrôler un bar qui connaît parfaitement les roches du secteur, le matériel doit évidemment suivre.
Pour préparer vos propres sorties, retrouvez aussi nos conseils pour pêcher le bar au leurre en septembre en Bretagne sud.








Commentaires
0Connectez-vous pour laisser un commentaire.
Se connecter