Votre pack d'anneaux est choisi, votre répartition est calée, et c'est là que les ennuis commencent. Le fil ne monte pas sur la patte, l'anneau glisse pendant que vous ligaturez, et le tunnel d'un KT 4 sur le scion d'une UL relève de l'exercice de patience. Ces difficultés viennent presque toujours de la préparation, pas du geste de ligature lui-même.
Voici la méthode que nous utilisons en atelier, celle avec laquelle nous initions les débutants. Elle demande un peu de temps en amont, mais une fois tous les anneaux préparés et pré-alignés, on enchaîne très vite. Si vous n'avez pas encore arrêté vos anneaux, notre comparatif des céramiques et des cadres vous aidera à trancher avant de commencer.
Rien d'exotique, et vous avez probablement déjà la moitié de cette liste chez vous. Deux consommables font exception et ne se remplacent pas par de la débrouille : le fil et le vernis.
- une lime et du papier de verre à grain fin, 400 ou 500, pour préparer la patte
- une lame de rasoir ou un cutter à lame neuve
- un crayon blanc, pour marquer le blank de façon visible et effaçable
- du scotch de peintre, celui qui se retire sans laisser de colle
- des élastiques de bureau, plus de la gaine latex ou des élastiques dentaires pour les petits anneaux
- du fil à ligaturer au diamètre adapté à la canne
- un brunissoir, ou un ongle à défaut
Sur le diamètre de fil, le compromis est toujours le même : plus le fil est fin, plus la ligature est discrète et légère, mais plus la montée sur la patte est délicate. Pour une première canne, prenez un diamètre moyen. Vous gagnerez en régularité, et la différence de poids sur l'ensemble de la rampe reste marginale.
La plupart des tutoriels passent cette étape sous silence, et c'est pourtant elle qui décide si le fil montera tout seul sur la patte ou s'il faudra le forcer spire après spire. Il s'agit de poncer légèrement la patte en biseau, pour créer une rampe douce entre le blank et le dessus de la patte. Commencez à la lime pour dégrossir, finissez au papier de verre grain 400 : l'objectif est de supprimer l'arête vive, pas de creuser le métal. Une arête laissée telle quelle coupe le fil à la longue, et une patte trop attaquée fragilise l'anneau.
Préparez de la même façon les anneaux de réduction et ceux du tunnel, en fonction de leur taille. En pratique, les anneaux à partir de la taille 6 méritent ce traitement ; en dessous, la patte est déjà si fine que le fil monte sans aide.
Passez enfin un coup de marqueur noir indélébile sur la patte préparée et laissez sécher quelques minutes. Sous un fil noir mal packé, le métal nu renvoie des reflets clairs qui se voient. Avec le marqueur, la patte disparaît sous la ligature.
Marquez au crayon blanc l'emplacement de chaque anneau, en suivant votre répartition. Si vous n'avez pas encore établi votre rampe, la spécification Fuji donne les distances et les tailles à respecter selon la longueur du blank.
Faites ensuite un enroulement de scotch de peintre juste après votre marque, pour former une butée. Profitez-en pour reporter le repère de l'épine sur le scotch : vous aurez le trait sous les yeux au moment de poser l'anneau, alors que la marque au crayon sera masquée.
Préparez toutes vos butées d'un coup, avec du scotch pré-découpé. C'est répétitif, mais c'est ce qui permet ensuite d'enchaîner les ligatures sans interruption.
Attention à ce que vous alignez sur le trait : c'est la céramique de l'anneau, pas la patte. Sur un gros anneau de départ, l'écart entre les deux dépasse facilement le centimètre, et une rampe décalée d'autant à chaque anneau ne répartit plus les contraintes comme prévu.
Nous ne collons pas les anneaux avant de ligaturer. Un point de colle rend la correction impossible, alors que l'alignement du tunnel se juge à la fin, une fois tous les anneaux posés. L'élastique tient largement le temps d'une ligature, et il se coupe en une seconde.
Les gros anneaux
Prenez des élastiques de bureau et faites un simple nœud dessus pour les mettre à la bonne longueur. Comptez-en deux pour un anneau de départ. L'anneau doit chevaucher très légèrement le scotch : c'est ce qui plaque la patte contre le blank et supprime le jour dans lequel le fil viendrait se coincer.
Les petits anneaux et le tunnel
Un seul élastique suffit, mais il doit être vraiment fin. Enfilez vos rondelles de gaine latex ou vos élastiques dentaires sur le blank avant de poser le moindre anneau : une fois le tunnel commencé, vous ne pourrez plus les faire passer par la pointe du scion.
Positionnez l'élastique au milieu de la patte pour démarrer, puis décalez-le progressivement vers la céramique à mesure que la ligature avance.
Démarrez au plus près de la patte, du côté du blank. Commencer trop loin allonge la ligature, donc la quantité de vernis, donc le poids en bout de canne.
Faites un tour mort, passez le fil au-dessus de la boucle, bloquez du doigt et engagez le fil sous les premières spires. Au bout de quatre ou cinq tours, la ligature tient seule : coupez alors l'excédent du brin de départ et continuez en spires jointives jusqu'à la fin de la patte.
Le moment critique est la montée du fil sur la patte. Si votre biseau est propre, le fil grimpe tout seul. Sinon, accompagnez-le à l'ongle sur deux ou trois spires, le temps qu'il prenne l'inclinaison. Plus le fil est gros, plus cette montée est facile, ce qui explique qu'une première canne en fil moyen soit plus indulgente.
Une fois bien avancé, coupez le premier élastique, puis le second, et retirez le scotch. La ligature déjà en place maintient l'anneau.
Pour la boucle de finition, nous utilisons une chute de tresse plutôt que du fil à ligaturer : elle glisse mieux sous les spires et elle résiste à la traction sans casser au moment où l'on tire.
Placez la boucle sous les dernières spires, passez le brin dedans, puis tirez pour le ramener sous la ligature. Ensuite, la finition invisible tient en trois gestes : tendez et bloquez le fil très légèrement sous la ligature, à peine un millimètre ; coupez en laissant un ou deux millimètres ; tirez à 45 degrés pour que l'excédent se loge sous les spires. Le brin ne ressort pas et vous n'avez rien à recouper.
Terminez en packant les spires au brunissoir, pour resserrer la trame et supprimer les jours par lesquels le vernis s'infiltrerait. Un coup de briquet à distance brûle enfin les fibres qui dépassent.
Il ne reste qu'à effacer les traces de crayon blanc sur le blank, en faisant des allers-retours avec une boucle de fil.
Sur les anneaux du tunnel, ne coupez pas le fil à ras une fois la ligature terminée. Laissez systématiquement un excédent dépasser.
La raison est mécanique : l'alignement du tunnel se juge canne montée, en visant depuis le talon, et il faut souvent faire pivoter un ou deux anneaux de quelques degrés. Si votre fil est coupé à ras, la ligature se défait pendant cette rotation. Avec un excédent, vous pouvez ajuster sans crainte et couper seulement une fois l'alignement validé.
Tout ce qui précède se fait à la main, sur les genoux, et c'est ainsi que la plupart des monteurs commencent. La question de la machine se pose à partir du moment où vous montez plusieurs cannes.
Le gain ne se mesure pas en vitesse. Il tient à la régularité de la tension, et c'est là que se joue l'écart entre une ligature d'apprenti et une ligature propre. Un support qui maintient le blank et un dévidoir qui freine la bobine suppriment les deux sources d'irrégularité : la main qui tient la canne et celle qui dose la tension.
Les machines à ligaturer vont du simple support manuel au banc motorisé. Pour un usage amateur régulier, un hand wrapper couvre l'essentiel du besoin.
Une ligature n'est terminée qu'une fois vernie. Le vernis époxy deux composants est le seul qui tienne dans la durée sur une ligature de canne, et il impose une contrainte : il faut faire tourner la canne pendant plusieurs heures de prise, sans quoi il coule et forme une goutte sur le dessous de l'anneau.
Laissez ensuite sécher à cœur quelques jours avant de solliciter la canne. Un vernis sec en surface ne l'est pas encore dans l'épaisseur, et une ligature remise en pêche trop tôt marque et blanchit.
Si votre chantier du jour est une réparation plutôt qu'un montage neuf, notre tutoriel dédié au remplacement d'un anneau cassé reprend l'opération depuis le retrait de l'ancienne ligature. Et si vous bloquez sur une étape, écrivez-nous : nous montons des cannes tous les jours à l'atelier.







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